Réforme de la formation : Attention chantier !

Votée cet été, la réforme de la formation professionnelle se déploie progressivement avec les premières actions opérationnelles au 1er janvier 2019. Ce vaste « chantier » va s’étendre jusqu’en 2020 voire 2021…

Après une réforme profonde en 2014, qui fut longue à digérer, l’ensemble des organismes s’attend à une transition difficile. L’Express, il y a quelques jours, parlait d’une année noire pour 2019, le temps que les nouveaux processus et opérateurs se mettent en place.

 

Tout d’abord, rappelons les principales grandes mesures :

- Création d'un compte personnel de formation (CPF) qui ne sera plus alimenté en heures mais en euros. Le gouvernement annonce 500 euros par an, dans la limite de 5000 euros et 800 euros pour les salariés non qualifiés (à mi-temps ou à temps plein), dans la limite de 8.000 euros.

- Pour les reconversions, le congé individuel de formation (CIF) sera remplacé par un dispositif similaire intégré au CPF.

- Mise en place d’un mécanisme de certification des organismes de formation.

- Les opérateurs paritaires collecteurs agréés (OPCA) sont rebaptisés « opérateurs de compétences ». Ils seront toujours gérés par les partenaires sociaux mais ne collecteront plus les cotisations formation. C’est L’URSSAF qui s’en chargera.

 - Création de « France compétences » qui sera en charge de réguler la qualité et le coût des formations. Cette agence sera gérée par l'État, les régions et les partenaires sociaux. C’est la fusion de Copanef, Cnefop et FPSPP.

 

Au-delà de ces aspects techniques, nous notons trois grands axes à développer :

1/ Une gestion maîtrisée des budgets de formation

L’ascension fulgurante du CPF (dans la continuité de la réforme de 2014) vise à faire monter en compétences les collaborateurs et à les doter de diplômes certifiés. Pour résumé seules les actions CPF pourront être prises en compte dans les budgets de formation.

Pour les salariés, c’est un plus car ils seront dotés de compétences reconnues et certifiés. Mais c’est également un moins car les formations qui ne sont pas reconnues comme donnant une nouvelle compétence seront totalement à la charge des employeurs.

Par exemple : des parcours pour obtenir un niveau certifié d’anglais (TOEIC ou BULATS) sont financés par le CPF. Mais si vous souhaitez simplement rafraîchir votre anglais en quelques heures, le coût devra être pris en charge par votre employeur. Il en est de même pour des actions isolées de développement personnel (training, coaching).

 

2/ Une réduction mécanique des budgets de formation

Le gouvernement a décidé d'instituer pour toutes les entreprises, une contribution pouvant atteindre 0,3% de la masse salariale, soit environ 1,5 milliard d'euros par an, afin d'assurer le financement des demandeurs d'emploi

Cet argent profitera au développement de l’employabilité des chômeurs et l’apprentissage. Un bel exemple de solidarité ! Mais il faut peut-être craindre que certaines entreprises qui devront payer les formations de leurs salariés de leur poche n’en profitent pour les limiter au maximum.

Dans le même esprit, la financiarisation du CPF, autour de 14 euros de l’heure, quand les organismes de formation le chiffrent à 32 euros va sûrement conduire à une politique d’abondement des OPCO (pour les entreprises de moins de 50 salariés) et des entreprises. Il est de bon augure de se poser la question suivante : ces dernières, sont-elles prêtes à cela ? 

 

3/ Vers une diminution des organismes de formation

Il y a actuellement près de 80.000 organismes de formation reconnus en France. La réduction des budgets de formation et la montée de la certification des entreprises (2021) devraient entraîner une réduction drastique du nombre d’organismes. Nombre d’entre eux se lancent aujourd’hui dans des démarches, mais les règles du jeu ne sont pas encore bien connues et maîtrisées.

Aujourd’hui, la réforme en elle-même présente des points positifs et d’autres améliorables. Des débats entre les parties prenantes sont en cours sur ces sujets. Toutefois la montée en puissance des nouveaux organismes de gestion risque de freiner les négociations.

S'il est urgent d’attendre pour avoir une vue définitive de l’organisation de la formation professionnelle, les organismes de formation vont devoir, à court terme, prendre des décisions dans un contexte brumeux.

Soyons créatifs !

Maryse Hania, formatrice et coach chez Épicène.